Premier jeu du studio islandais indépendant Myrkur Games, Echoes of the End est arrivé le 12 août 2025 sur PC, PS5 et Xbox Series, au prix accessible de 39,99 euros. Ce jeu d’action-aventure cinématique en vue à la troisième personne, propulsé par l’Unreal Engine 5, a suscité des réactions contrastées à sa sortie. Depuis, une Enhanced Edition gratuite, directement inspirée des retours de la communauté, a profondément remanié plusieurs aspects du jeu. Cette version améliorée suffit-elle à transformer cet essai ambitieux en véritable expérience mémorable ? J’ai passé mes soirées sur Aema pour répondre à cette question — parfois avec mon fils aîné dans le dos, curieux de suivre les aventures de Ryn.
Sommaire
ToggleUn univers islandais riche mais un monde qui sonne creux
Aema, terre de contrastes visuels
Le monde d’Aema frappe immédiatement. Glaciers imposants, volcans fumants, sources chaudes et champs de lave enflammés se succèdent pour composer des paysages d’une beauté quasi nordique. L’inspiration islandaise est évidente et assumée — les développeurs ont clairement puisé dans l’âme brute de l’Islande pour sculpter cet univers de fantasy.
Au cœur de ce monde trônent les Égides, cristaux bleus géants d’une puissance incommensurable, protégeant la région de Syrouvie. Les humains en extraient des fragments pour créer des focaliseurs et des sceaux arcaniques, mêlant ainsi magie et machinerie dans un contexte résolument médiéval. Les Vestigiales, comme Ryn, ont pour mission de protéger ces structures minérales et de les maintenir en équilibre.
Le world-building est impressionnant. L’univers possède une cohérence réelle, un lore dense consultable via le journal de Ryn, et une direction artistique franchement marquante. Les environnements sont travaillés avec soin, les modèles extrêmement détaillés, les effets visuels — feuilles qui tombent, chaleur des flammes, rayons du soleil — ajoutent une profondeur bienvenue.
Pourtant, ce monde sublime sonne parfois creux. En dehors des ennemis et des Égides, la vie est absente. On avance dans des décors splendides mais déserts, avec la désagréable sensation de traverser des modules assemblés plutôt que de véritables paysages habités. C’est le paradoxe central d’Echoes of the End : un univers visuellement captivant, mais que l’on traverse sans jamais vraiment y croire.

Un scénario de fantasy solide porté par un duo attachant
Ryn, Cor et Abram : une aventure de famille
L’histoire démarre lors d’une patrouille de Ryn avec son frère Cor pour inspecter les Égides. L’invasion dalienne éclate brutalement : l’empire totalitaire ennemi kidnappe Cor pour guider ses troupes et cherche à s’approprier les recherches du père défunt de Ryn. Laissée pour morte, notre protagoniste vestigiale est sauvée par Abram Finlay, vieil explorateur érudit hanté par son passé — et ami de longue date de son père disparu.
Ce duo fonctionne vraiment bien. Abram apporte un contrepoint chaleureux à la détermination froide de Ryn. Leurs dialogues sont bien écrits, souvent touchants, et les doublages anglais font le travail — à l’exception notable du personnage de Cor, dont la voix manque singulièrement de conviction. Les thèmes abordés, confiance, rédemption, sacrifice, résonnent avec une certaine profondeur.
Malheureusement, le rythme de l’histoire reste problématique. Le début s’étire, bavard et longuet. L’antagoniste manque cruellement de développement, les personnages secondaires versent parfois dans le stéréotype, et les rebondissements se devinent trop facilement. Sur 10 chapitres et 10 à 15 heures d’aventure, c’est suffisant pour entacher l’ensemble. Le scénario a de belles ambitions, mais l’exécution narrative laisse sur sa faim.

Un système de combat remanié mais encore instable
Des pouvoirs spectaculaires, un gameplay perfectible
Le combat en temps réel offre des sensations variées. Attaques légères, attaques lourdes à l’épée, esquive courte, roulade et parade à timing précis constituent la base. Les pouvoirs magiques de Ryn enrichissent considérablement l’ensemble : télékinésie pour attraper et projeter les créatures, drain de vie pour se soigner en attaquant, décharge mauve dévastatrice, capacité de téléportation et manipulation de la gravité. Trois jauges — santé, magie et drainage — rythment chaque affrontement. Les animations d’exécution se déclenchent automatiquement quand un ennemi tombe, ce qui reste satisfaisant visuellement.
Les améliorations de l’Enhanced Edition sont notables sur les animations et l’équilibrage général. Le premier niveau retravaillé offre une meilleure introduction aux mécaniques, et les tutoriels gagnent en clarté. Voici ce que cette mise à jour apporte concrètement :
- Animations de combat revisitées
- Équilibrage revu pour éviter certaines compétences trop surpuissantes
- Déplacements et commandes améliorés
- Introduction inédite et progression plus rapide au début du jeu
Malgré ces progrès, des problèmes persistants nuisent au ressenti. La latence dans les commandes — esquive, parade, drain — casse régulièrement le rythme. La caméra trop rapprochée rend les combats de boss peu lisibles. Les hitbox restent grossières, le verrouillage de cible ne permet pas de basculer entre plusieurs adversaires. Le compagnon Abram, malgré les améliorations possibles dans l’arbre de compétences, reste discret en combat. Le potentiel est là, mais le polish manque encore.

Une Enhanced Edition qui consolide les fondations sans tout réparer
Des ajouts généreux, des cicatrices qui restent
La mise à jour gratuite apporte des contenus substantiels. Les 13 tenues à crafter et les 20 reliques offrant des bonus personnalisés donnent envie d’chercher davantage. Le mode Nouvelle partie+ prolonge l’aventure pour les plus motivés. Le système d’indices pour les puzzles trop ardus est une vraie bonne idée — j’ai personnellement soufflé de soulagement à deux reprises. La progression via quatre arbres de talents et plus de 40 améliorations donne un sentiment de montée en puissance réel sur les 10 chapitres.
Les trois niveaux de difficulté — histoire, équilibré, défi — restent modulables à tout moment, ce qui est appréciable. Les énigmes, variées et inventives, introduisent des mécaniques originales comme l’inversion du temps ou la modification de la gravité. Je pense à Metroid Prime 4 Beyond sur Nintendo Switch qui fait ça avec maestria. Ici, le problème, c’est que certaines de ces mécaniques disparaissent après un seul chapitre.
Les bugs techniques subsistent : chutes de framerate, aliasing prononcé, animations manquant de naturel, personnages flottant lors des sauts. Le level design reste linéaire et prévisible, les arènes de combat identifiables à l’avance. Comparé à Revenge of the Savage Planet sur PS5, qui assume pleinement sa générosité et son polish, Echoes of the End rappelle constamment que Myrkur Games en est à sa première production. Un premier pas imparfait, mais sincèrement prometteur.
