Quand Netflix a lancé L’héritage du sang en décembre 2022, j’étais dans mon canapé, pas forcément avec l’enthousiasme que j’aurais pu avoir quelques mois plus tôt. Cette mini-série de quatre épisodes se présente comme un spin-off de l’univers du sorceleur, mais avec une particularité : elle se déroule 1200 ans avant les aventures de Geralt de Riv. Le récit plonge dans l’âge d’or elfique pour raconter l’origine du tout premier sorceleur et les événements ayant mené à la conjonction des sphères. Cette production arrive dans un contexte particulièrement tendu pour la franchise, et je dois dire que j’ai regardé ces épisodes avec un mélange de curiosité et d’appréhension. Les réactions contrastées que j’avais lues m’avaient prévenu : cette adaptation ne ferait pas l’unanimité.
Sommaire
TogglePrésentation et synopsis de la mini-série
Le cadre narratif adopte une structure originale. Jaskier, le barde que nous connaissons bien, se retrouve au milieu d’une bataille figée dans le temps par Seanchaíd. Cette compteuse d’histoire possède la capacité remarquable de voyager entre les mondes et les époques. Sa mission ? Redonner espoir au peuple elfique qui a oublié sa propre histoire en faisant retranscrire cette légende oubliée par Jaskier sous forme de chanson.
L’histoire raconte donc la naissance du premier sorceleur et les événements de la conjonction des sphères, ce moment crucial où les mondes des monstres, des hommes et des elfes ont fusionné. La série se situe durant l’âge d’or elfique, dans un monde en guerre depuis mille ans, bien avant l’arrivée des créatures et des humains. Le format court de quatre épisodes totalise environ trois heures vingt à quatre heures de visionnage, ce qui reste gérable pour une soirée ou deux.

Les sept guerriers légendaires et leurs personnages
Le cœur du récit repose sur sept parias elfes qui s’allient malgré leur appartenance à différents clans pour s’opposer à un empire puissant. Parmi eux, Fjall du clan du chien, membre de la garde rapprochée de la Princesse Merwyn, contraint à l’exil après avoir laissé ses sentiments prendre le dessus. Il y a aussi Scian de la Tribu Fantôme, Callan dit Frère La Mort, ainsi que les mages Zacaré et Syndril.
Meldof et sa masse Gwen mènent une quête de vengeance personnelle, tandis qu’Eile l’Alouette, interprétée par Sophia Brown, incarne une elfe devenue barde qui a déserté son clan. Elle arpente le monde d’auberge en auberge pour transmettre ses chansons. Le casting inclut également Michelle Yeoh, ce qui avait suscité mon intérêt initial. Ces héros ont créé ensemble le premier sorceleur capable d’anéantir les nouvelles créatures venues d’un autre monde.

L’origine du premier sorceleur et la conjonction des sphères
La conjonction des sphères et l’arrivée des premiers monstres venus d’un monde parallèle constituent le pivot narratif. Face à ces créatures qui semblaient invulnérables, les sept héros ont créé le premier sorceleur. La série rappelle qu’on ne naît pas sorceleur, on le devient en passant un rite particulièrement douloureux et dangereux. J’ai trouvé cette approche intéressante, même si l’exécution m’a laissé perplexe.
La production montre ce rituel ainsi que l’arrivée du peuple humain sur le continent. Cette histoire oubliée raconte les événements fondateurs de l’univers du sorceleur, bien avant l’époque de Geralt. Elle était destinée à redonner espoir au peuple elfique qui fut grand et puissant. La mini-série peut se regarder sans connaître la série originelle et n’a pas été conçue comme une série à suite potentielle, ce qui est peut-être une bonne chose vu les réactions.

Un accueil critique désastreux
Les scores obtenus par la série sont catastrophiques : 36 % du côté des critiques professionnelles sur Rotten Tomatoes et seulement 8 % du côté des spectateurs. Sur AlloCiné, la note moyenne atteint 2,1 sur 5 basée sur 979 notes. Les principales critiques pointent un manque de respect des livres d’Andrzej Sapkowski, de la chronologie et du lore original.
Les effets spéciaux sont jugés médiocres, comparés à des productions de série B. Les costumes, notamment l’armure et la couronne de l’impératrice, sont qualifiés de risibles. Les décors semblent pauvres, le jeu d’acteur et la réalisation insuffisants. Les dialogues paraissent vulgaires et peu crédibles, le rythme problématique avec une fin expédiée. De nombreux fans évoquent une série écrite par des personnes qui n’aiment pas le matériel source, ce qui résonne douloureusement avec mes propres impressions.

Les rares points positifs relevés par les spectateurs
Malgré cet accueil glacial, certains ont trouvé la série agréable à regarder et appréciée pour les éclaircissements qu’elle apporte aux novices. Les combats ont été jugés stylés par certains, et l’histoire rappelle les Sept Samouraïs. Les paysages sont magnifiques, je dois le reconnaître. La musique constitue le véritable point fort : elle colle remarquablement bien à l’ambiance.
Les chansons de l’Alouette en version originale sont particulièrement réussies. Le compositeur est crédité comme le seul à avoir fait des efforts pour créer une ambiance médiévale nordique et slave. L’épisode 4 apporte un soulagement bienvenu, et le premier sorceleur s’avère badass avec un acteur charismatique. Ces quelques éléments sauvent partiellement l’expérience, mais ne suffisent pas à compenser les faiblesses.

Les polémiques autour de l’adaptation
Les controverses ne manquent pas. Le non-respect du matériel source d’Andrzej Sapkowski, pourtant crédité comme consultant spécial, pose question. Les elfes sont représentés comme grossiers et patauds, peu cohérents avec la tradition fantasy. Certains évoquent des accusations d’idéologie woke et de casting jugé trop inclusif. Le phénomène de review-bombing a amplifié les scores catastrophiques, certains fans sous-notant par mécontentement face au départ d’Henry Cavill.
Les comparaisons négatives avec The Rings of Power, Willow et Xena la Guerrière se multiplient. Le spin-off animé Le Cauchemar du Loup est considéré comme bien meilleur par les fans. Les réalisateurs actuels font face à une difficulté croissante pour produire des œuvres sans créer de polémique, ce qui complique la situation pour toute nouvelle production dans cet univers.
Impact sur la franchise et avenir incertain
Le départ d’Henry Cavill de la série principale, remplacé par Liam Hemsworth pour la saison 4, plane comme une ombre. Cavill, grand fan de la licence, est parti alors qu’il était excellent dans le rôle. Les amateurs comprennent maintenant mieux sa décision. Netflix pourrait avoir du souci pour la première saison sans lui dans le rôle titre.
L’héritage du sang avait pour mission de faire patienter les fans du sorceleur mais semble avoir raté cet objectif. La licence traverse une période difficile. Pourtant, le contexte était favorable avec la sortie de la mise à niveau next gen de The Witcher 3 qui avait relancé l’engouement. Mes fils et moi avions d’ailleurs rejoint cette aventure avec plaisir, mais cette mini-série nous a laissés avec un sentiment d’inachevé et de gâchis. L’avenir de cet univers sur Netflix reste incertain, et je ne peux m’empêcher de me demander si les prochaines productions sauront retrouver le chemin de la qualité.
