Difficile de parler de Mafia : The Old Country sans ressentir cette petite pointe de nostalgie mêlée de curiosité. Quand Hangar 13 a annoncé ce quatrième opus, sorti le 8 août 2025 sur PC, PlayStation 5 et Xbox Series X/S, j’avoue avoir eu des sentiments mitigés. Après la déception de Mafia III en 2016, avec ses bugs à répétition et son gameplay répétitif, difficile de ne pas rester sur ses gardes. Pourtant, le remake de Definitive Edition m’avait rappelé pourquoi j’aimais cette saga. Cette fois, la franchise revient aux origines avec un cadre sicilien du début du XXe siècle, loin des rues américaines des précédents épisodes. Le studio a fait un choix audacieux : abandonner le monde ouvert pour adopter une structure linéaire narrative, comme A Plague Tale. Une approche concentrée sur le récit pour une expérience cinématographique de 10 à 15 heures. Le jeu mise tout sur l’ambiance, la mise en scène et l’histoire plutôt que sur l’action débridée. Mais cette proposition suffit-elle à renouer avec la grandeur des premiers opus malgré un gameplay daté et des mécaniques archaïques ? C’est ce que j’ai voulu découvrir en parcourant les collines siciliennes avec Enzo Favara.
Sommaire
ToggleUn retour aux sources entre Sicile authentique et narration mafieuse classique
La Sicile du début du XXe siècle : un cadre historique immersif
Plonger dans la Sicile des années 1890-1900 m’a immédiatement transporté dans une période charnière de l’histoire italienne. Après l’unification du pays, Rome peine à imposer son autorité sur cette île rebelle. Les structures de pouvoir restent entre les mains d’une noblesse locale et de familles claniques qui se partagent le territoire dans un mélange troublant de violence et de corruption. Ce terreau fertile a donné naissance à la mafia sicilienne, et le jeu examine précisément cette genèse.
J’ai particulièrement apprécié la façon dont Hangar 13 retranscrit les conditions de vie difficiles de l’époque. Les mines de soufre, où travaillent des hommes vendus comme esclaves pour éponger des dettes familiales, constituent un décor oppressant qui ancre immédiatement le récit dans une réalité sociale brutale. L’influence de l’anarchisme se fait sentir dans certains dialogues, tandis que les premières automobiles cohabitent maladroitement avec les chevaux sur les chemins de terre. Cette période de transition entre deux mondes crée une ambiance unique.
Les paysages siciliens sont magnifiés à l’écran. La côte méditerranéenne scintille sous le soleil, les vignes s’étendent à perte de vue, les oliveraies ondulent sous le vent. J’ai traversé des champs d’agrumes et de céréales, gravi des collines parsemées de ruines romaines, avec en toile de fond un volcan inspiré de l’Etna. La ville médiévale fictive de San Celeste, avec ses ruelles étroites et ses façades patinées, respire l’authenticité. Jouer sur écran OLED en mode qualité révèle toute la beauté de ces décors.
Ce choix narratif de revenir aux origines de la mafia plutôt que de poursuivre la tradition américaine de la saga représente un pari audacieux. Contrairement aux précédents opus qui se déroulaient sur la côte est américaine pendant la Prohibition, Mafia : The Old Country visite le berceau même de l’organisation criminelle. Cette Sicile du tournant du siècle devient un personnage à part entière, avec ses codes d’honneur, ses vendettas et sa culture de l’omerta.
L’histoire d’Enzo Favara : une ascension mafieuse prévisible mais efficace
Enzo Favara, surnommé « le Carusu » (mineur de charbon en sicilien), m’a touché dès les premières minutes. Vendu par son père à une mine de soufre pour rembourser des dettes, ce jeune homme rêve d’échapper à cet enfer pour partir à Empire Bay en Amérique et faire fortune. Son évasion de la mine dirigée par Don Spadaro, un mafieux particulièrement sadique, marque le début de son parcours criminel.
En trouvant refuge auprès de Don Torrisi, un rival de Spadaro, Enzo obtient une protection précieuse et l’opportunité de travailler pour la famille mafieuse. Sa progression depuis simple homme d’écurie jusqu’à homme de confiance du Don suit une trajectoire classique mais efficace. Chaque mission le rapproche du centre du pouvoir, tout en l’enfonçant davantage dans un monde dont il ne pourra plus s’extraire. J’ai apprécié cette gradation narrative qui rappelle les grands films du genre.
La motivation principale d’Enzo reste son amour pour Isabella Torrisi, la fille du Don. Cette relation interdite ajoute une dimension romantique au récit et crée des tensions supplémentaires. Don Torrisi ne verrait évidemment pas d’un bon œil cette liaison entre sa fille et un ancien mineur de soufre. Cette romance constitue le moteur émotionnel de l’histoire, même si elle reste parfois prévisible.
Le scénario suit une structure narrative classique du genre mafieux : ascension progressive, accumulation de pouvoir et de richesses, puis climax menant inévitablement à la déchéance. Rien de révolutionnaire, certes, mais l’exécution reste solide. Les dialogues sont soignés, l’écriture de qualité, et malgré sa prévisibilité, l’intrigue parvient à maintenir l’intérêt grâce à ses personnages bien développés et sa mise en scène cinématographique.
Le jeu se découpe en 14 chapitres pour une durée de 10 à 15 heures en ligne droite. Sans temps mort, les missions s’enchaînent avec un rythme soutenu, particulièrement dans les quatre ou cinq derniers chapitres. Pour les complétistes, atteindre les 100% avec tous les collectibles (cartes de Saints, objets cachés faisant référence aux précédents opus) peut prendre une vingtaine d’heures. Cette durée contenue évite l’écueil des jeux à rallonge qui diluent leur propos.
Une galerie de personnages charismatiques et références cinématographiques
Don Torrisi incarne à lui seul toute la complexité du parrain sicilien. Considéré par beaucoup comme le personnage le mieux réussi de toute la saga Mafia, ce chef de famille charismatique m’a impressionné par sa profondeur. Ni tout blanc ni tout noir, il oscille entre paternalisme bienveillant et cruauté implacable selon les circonstances. Son charisme naturel et sa présence à l’écran rappellent les grandes figures du cinéma mafieux.
Luca, le fidèle second du Don, représente l’homme de confiance loyal jusqu’à la mort. Il guide Enzo dans ses premiers pas au sein de l’organisation criminelle, lui apprenant les codes et les traditions. Leur relation évolue progressivement d’une simple hiérarchie à une véritable fraternité d’armes. Luca incarne cette figure du mentor protecteur qu’on retrouve dans tous les grands récits mafieux.
Cesare, le neveu du Don, apporte une touche d’humour bienvenue. Beau-parleur et légèrement fainéant, ce personnage drôle et attachant est destiné à reprendre les rênes de la famille. Malgré son apparente légèreté, il cache une intelligence et une ruse qui le rendent attirant. En version française, il est incarné par Alexis Tomassin, la voix de Fry dans Futurama, ce qui ajoute encore à son charme décalé.
Isabella Torrisi, la fille du Don, n’est pas qu’un simple intérêt romantique. Son personnage possède une vraie épaisseur, tiraillée entre son amour pour Enzo et sa loyauté envers sa famille. Elle représente ce que le protagoniste pourrait gagner ou perdre selon ses choix. Tino, l’exécuteur des basses œuvres, complète cette galerie avec sa brutalité assumée.
Ces personnages mémorables permettent un véritable investissement émotionnel dans le destin de ces criminels. Qu’ils soient attachants ou détestables, chacun apporte sa pierre à l’édifice narratif. J’ai ressenti cette connexion particulière qu’on éprouve en suivant des protagonistes complexes, ni héros ni véritables vilains.
Les références aux films classiques de mafia abondent. La trilogie du Parrain de Coppola est constamment convoquée, avec des scènes de baptême et d’opéra directement inspirées du chef-d’œuvre. Les vieux films italiens des années 1960 et 1970 transparaissent également dans la mise en scène. Le jeu transpire littéralement le cinéma, empruntant autant à Coppola qu’à Scorsese dans son approche visuelle et narrative.
Étant fan de la première heure, j’ai particulièrement apprécié les références subtiles au premier Mafia. Certains noms de famille résonnent familièrement, et quelques personnages liés à la licence font des apparitions discrètes. Ces clins d’œil créent une continuité bienvenue pour ceux qui connaissent la saga depuis ses débuts. La fin ouverte suggère d’ailleurs une suite directe ou un DLC qui pourrait relier cet opus au premier Mafia, bouclant ainsi la boucle narrative de la franchise.
| Personnage | Rôle | Caractéristiques principales |
|---|---|---|
| Enzo Favara | Protagoniste | Ancien mineur, ambitieux, amoureux d’Isabella |
| Don Torrisi | Chef de famille | Charismatique, complexe, figure paternelle |
| Luca | Bras droit | Loyal, mentor, homme de confiance |
| Cesare | Neveu du Don | Beau-parleur, drôle, héritier désigné |
| Isabella | Fille du Don | Séduisante, tiraillée, intérêt romantique |
| Tino | Exécuteur | Brutal, efficace, intimidant |
Cette approche cinématographique assumée fait de Mafia : The Old Country une véritable lettre d’amour au septième art. Chaque plan semble réfléchi comme dans un film, la photographie est soignée, et la mise en scène des cinématiques maintient l’intérêt malgré une intrigue somme toute classique. Pour un joueur comme moi, qui a grandi en regardant les films de la Cosa Nostra avec fascination, cette expérience résonne particulièrement.
