Pourquoi Expedition 33 ne devrait pas être nominé aux Indie Awards selon les critiques

Pourquoi Expedition 33 ne devrait pas être nominé aux Indie Awards selon les critiques

Nous voilà repartis pour un tour dans le grand débat existentiel du gaming, cette question qui revient comme une mauvaise série Netflix : qu’est-ce qu’un jeu indépendant ? Et cette fois, c’est Clair Obscur : Expedition 33 qui se retrouve au cœur de la controverse. Nominé aux Indie Game Awards 2025 annoncés le 13 novembre, ce titre fait grincer des dents. Nous ne savons peut-être pas définir précisément ce qu’est un jeu indie, mais nous savons reconnaître ce qui n’en est clairement pas. Surtout quand on parle d’une production estimée entre 15 et 25 millions de dollars, réalisée par des centaines de personnes. C’est à peu près aussi crédible qu’Elon Musk qui se proclamerait champion de la sobriété numérique.

Un budget qui ne rentre pas dans la catégorie indie

Parlons chiffres, puisque nous adorons ça chez PJD. Expedition 33 affiche un budget qui flirte avec les 25 millions de dollars selon plusieurs estimations concordantes. Le studio Sandfall compte certes une équipe centrale d’une trentaine de développeurs, mais a fait appel à des centaines de contractuels pour finaliser le projet. Nous avons même trouvé un éditeur dans l’équation : Kepler, ce qui rend la notion d’indépendance aussi floue qu’une chèvre dans le brouillard.

Historiquement, nous avions un terme parfait pour ces productions : les jeux AA. Ces titres se situaient entre l’indie authentique et les mastodontes AAA d’Ubisoft ou EA. Mais cette appellation a mystérieusement disparu, comme si l’industrie préférait jouer sur les définitions élastiques plutôt que d’assumer sa stratification économique.

Catégorie Budget estimé Taille d’équipe Éditeur
Indie classique Moins de 500K $ 1-10 personnes Auto-édité
Expedition 33 15-25M $ 30-40 + centaines Kepler
AAA Plus de 100M $ 300-1000+ Majors

La technicité au service de l’ambiguïté

Mike Towndrow, directeur créatif des Indie Game Awards, justifie cette nomination par une définition plutôt alambiquée : la liberté créative du développeur. Selon lui, tant qu’un studio peut réaliser sa vision sans restrictions, il reste indie. C’est comme dire qu’une Tesla reste une voiture de niche parce qu’elle représente une vision personnelle. Techniquement vrai, mais complètement déconnecté de la réalité.

Pour limiter les dégâts, les organisateurs ont instauré quelques règles :

  • Chaque jeu ne peut être nominé que dans une seule catégorie générale
  • Les productions massives comme Hades II ou Hollow Knight : Silksong sont également concernées
  • Cette restriction vise à éviter qu’un titre ne monopolise tous les prix
  • Des catégories spécifiques permettent néanmoins d’autres nominations

Nous trouvons cette approche aussi efficace qu’une chèvre gardienne : sympathique dans l’idée, mais fondamentalement inadaptée. Car le problème subsiste pour la catégorie reine, le Game of the Year, où Expedition 33 côtoie Consume Me, créé par seulement cinq personnes.

Quand les géants jouent dans la cour des petits

Nous pensons que la responsabilité incombe aux développeurs eux-mêmes. Quand votre production bénéficie de millions de dollars et d’une reconnaissance massive, peut-être devriez-vous laisser la place aux véritables projets modestes ? C’est comme si un poids lourd participait à une compétition pour enfants sous prétexte d’être né un 29 février.

L’industrie musicale a vécu la même évolution dans les années 1990. Le terme « indie » est passé d’une définition technique à un concept esthétique. Les labels indépendants ont grandi, ont été rachetés par les majors, et personne n’en avait vraiment quelque chose à faire. Le public écoutait simplement la musique qu’il aimait.

Aujourd’hui, les awards indépendants servent justement à mettre en lumière ces perles méconnues. Sinon, autant organiser un concours de startup où Tesla et SpaceX pourraient concourir parce qu’ils « incarnent une vision ». Nous aimerions voir les studios établis parrainer ces cérémonies plutôt que d’y participer, histoire de tirer les autres vers le haut plutôt que d’occuper toute la place disponible.

DgéDgé
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