Critique de La La Land : un film exquis ?

Couple dansant sur terrasse avec vue nocturne ville illuminée

Sorti en France le 25 janvier 2017, La La Land a provoqué un véritable séisme cinématographique. Le second long-métrage majeur de Damien Chazelle après Whiplash a raflé 7 Golden Globes et décroché 14 nominations aux Oscars. Rarement une comédie musicale moderne n’avait suscité autant de passions contradictoires. Chef-d’œuvre absolu pour certains, hommage habile mais creux pour d’autres : le débat reste ouvert. Je vais tenter de démêler le vrai du faux, entre beauté formelle indéniable et faiblesses réelles.

Un film envoûtant entre nostalgie et émotion

Une bande originale qui ne vous lâche plus

Dès les premières minutes, la bande originale composée par Justin Hurwitz s’impose comme une évidence. Another Day of Sun, City of Stars, Audition : ces chansons restent gravées longtemps après le visionnage. Je me souviens d’avoir fredonnés City of Stars pendant trois jours après ma première séance. Mes ados m’ont regardé bizarrement — eux qui baignent dans les openings d’anime depuis tout petits, ils ont reconnu la même mécanique : une mélodie qui s’accroche et ne demande qu’à raconter une histoire.

City of Stars et Audition ont toutes deux été nommées aux Oscars. Certains critiques estiment que City of Stars repose sur trop peu de notes musicales pour compenser la voix limitée de Ryan Gosling. Pourtant, cette fragilité vocale participe à l’atmosphère mélancolique et sincère du film. Les musiques de Hurwitz sont plus accessibles que du jazz pur, mais elles portent une vraie émotion.

Une réalisation d’une précision visuelle remarquable

Damien Chazelle signe ici une mise en scène d’une maîtrise époustouflante. Les plans séquences virtuoses, les travellings fluides et les couleurs éclatantes des costumes et des décors créent une atmosphère unique. L’éclairage des clubs de jazz, tamisé et chaud, contraste magnifiquement avec les panoramas lumineux de Los Angeles.

La scène d’ouverture sur une bretelle d’autoroute de Los Angeles, où des automobilistes bondissent hors de leurs voitures pour chanter et danser, frappe immédiatement. Certains la comparent aux Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, d’autres à un clip de Saturday Night Live. Peu importe : visuellement, elle reste saisissante. La scène de danse à l’Observatoire Griffith, où les deux personnages semblent flotter parmi les étoiles, est peut-être le moment le plus beau du film.

Le travail sur la photographie, l’utilisation du Cinémascope et des focales courtes donnent une ampleur visuelle rare. Chazelle exploite Los Angeles comme un vrai personnage, ses rues nocturnes, ses studios d’Hollywood, ses lumières dorées.

Gosling, Stone et l’alchimie d’un couple à l’écran

C’est leur troisième collaboration après Crazy, Stupid, Love et Gangster Squad. Ryan Gosling incarne Sebastian, pianiste rêvant d’ouvrir son propre club de jazz. Emma Stone joue Mia, serveuse multipliant les castings dans les studios d’Hollywood. L’alchimie entre eux est palpable, leur complicité crève l’écran.

Les deux acteurs ont consacré des mois à apprendre la danse, le chant et le piano. Gosling est unanimement salué pour son jeu d’acteur et sa maîtrise instrumentale. Cette authenticité rappelle ce que j’apprécie dans les grandes œuvres : quand les interprètes donnent vraiment tout, le spectateur le ressent.

La dimension émotionnelle du film culmine lors de la scène finale. Mia est devenue une actrice célèbre, Sebastian a réalisé son rêve. Une ellipse de cinq ans les sépare. Leur bref regard final évoque une vie alternative jamais vécue. Cette mélancolie douce-amère rappelle directement la fin des Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy. Beaucoup de spectateurs ressortent les yeux brillants.

Des thèmes qui résonnent profondément

Le film aborde la difficulté de percer dans les milieux artistiques, les sacrifices nécessaires pour réussir, et la tension entre ambitions professionnelles et histoire d’amour. Ces thèmes universels touchent bien au-delà des amateurs de comédie musicale. Les références à Singin’ in the Rain, Un Américain à Paris ou West Side Story enrichissent cette célébration du cinéma classique. Pour trouver sur quelle plateforme de VOD le regarder, un outil pratique existe en ligne.

  • Another Day of Sun : ouverture chorale époustouflante
  • City of Stars : duo mélancolique et envoûtant
  • Audition : monologue chanté poignant d’Emma Stone

Femme regardant des scènes de films projetées sur un mur

Un hommage séduisant mais non exempt de faiblesses

Un scénario solide mais prévisible

Soyons honnêtes : le scénario de La La Land ne surprend guère. Mia enchaîne les auditions infructueuses, Sebastian joue des musiques de fond dans des restaurants malgré son talent. Leur romance, leur séparation progressive, leur réussite respective séparée : le dénouement se devine assez tôt. Plusieurs spectateurs signalent des longueurs, notamment en première heure, et des événements déclencheurs qui tombent trop facilement.

Certains critiques parlent d’un film téléphôné, dont les ressorts narratifs manquent de profondeur. Je comprends cette réserve. Pourtant, un récit prévisible n’est pas forcément un récit raté : ce sont les émotions qu’il génère qui comptent, et La La Land en génère beaucoup.

Emma Stone : merveilleuse ou exaspérante ?

Le débat autour de la performance d’Emma Stone est réel. Son rôle de Mia lui a valu 3 Bafta. Pourtant, ses grimaces récurrentes, ses moues expressives et une chorégraphie parfois trop appliquée agacent une partie de la critique. Certains trouvent son interprétation trop sage, manquant de naturel dans les scènes de danse.

D’autres, en revanche, sont touchés par sa passion évidente et sa vulnérabilité sincère. Je me souviens avoir débattu de ça avec mon fils aîné, grand fan de personnages complexes dans les jeux de rôle : pour lui, Mia manquait d’évolution réelle. Il n’a pas tort. Son charisme fonctionne mieux dans les scènes dialoguées que dans les séquences dansées.

Un jazz de façade et un hommage sans originalité propre ?

Le film se présente comme une ode au jazz, mais ne propose jamais de jazz authentique. La musique de Justin Hurwitz est accessible, commerciale, loin des complexités harmoniques d’un Thelonious Monk. Les amateurs du genre regrettent ce choix. La La Land aime le jazz à distance, comme un décor romantique.

La question du pastiche revient souvent dans les avis négatifs. Certains critiques considèrent que Chazelle ne fait que superposer les références sans véritable création originale. Le terme « patchwork » apparaît régulièrement, rappelant les reproches adressés à The Artist. L’hommage aux Parapluies de Cherbourg est si direct qu’il en devient risqué pour l’esthétique propre du film.

Les scènes chantées et dansées se raréfient nettement dans la seconde moitié. Qui s’attend à une comédie musicale de bout en bout ressent une vraie déception. La chorégraphie nocturne dans les rues reste mémorable, mais des esprits exigeants estiment qu’elle peine face aux grandes références du genre, comme Grease ou Moulin Rouge.

  1. Des scènes chantées trop rares dans la seconde partie
  2. Un jazz plus commercial qu’authentique
  3. Un scénario prévisible qui repose sur des ressorts connus

Malgré ces réserves, la note moyenne de 4,2 sur AlloCiné avec près de 38 000 votes parle d’elle-même. Le public reconnaît au film une sincérité rare dans l’industrie d’Hollywood. Et si vous souhaitez approfondir votre analyse d’autres productions du même registre émotionnel, notre critique et avis sur le film Netflix Fall de Scott Mann mérite votre attention. La La Land reste, malgré ses défauts, un film qui touche au cœur et laisse des sentiments durables.

Dans la même catégorie

Project Diva, votre média jeux vidéo, mangas et pop culture : actus fiables, analyses, guides et tendances tech & web pour mieux comprendre et choisir.

Copyright © 2026  Tout droits réservés

Retour en haut