Baby steps : le jeu vidéo PlayStation, test et critique complète

Manette noire de console posée près d'un écran

Quand j’ai lancé Baby Steps pour la première fois sur ma PS5, mes deux ados se sont regardés avec cette expression que je connais bien : celle qui dit « papa a encore téléchargé un truc bizarre ». Et franchement, ils n’avaient pas tort. Développé par une équipe de trois personnes incluant Bennett Foddy, ce simulateur de marche atypique sorti en septembre 2025 propose une expérience qui défie toutes les conventions. Vous contrôlez Nathan, trentenaire sans emploi aspiré littéralement par sa télévision vers un monde étrange où il doit réapprendre à marcher. Entre humour absurde et gameplay exigeant, ce titre édité par Devolver Digital mérite qu’on s’y attarde, même si l’aventure promet son lot de chutes mémorables.

Un concept de gameplay basé sur la physique de la marche

Le principe repose sur un système de contrôle révolutionnaire où chaque gâchette de votre manette correspond à un pied. La L2 actionne la jambe gauche, la R2 la droite, tandis que le stick gauche permet de lever la jambe. J’ai passé les dix premières minutes à faire une sorte de dance des indexes frénétique, enchainant L2-R2-L2-R2 pour avancer de quelques centimètres.

Nathan se comporte comme un ragdoll ambulant, soumis à une physique simulée réaliste qui transforme chaque déplacement en petit miracle d’équilibre. Rapidement, j’ai compris qu’il fallait jongler avec la caméra, passant de l’épaule gauche à l’épaule droite pour bien placer correctement ses pas. Cette gymnastique devient vite naturelle, et c’est là que réside toute la magie du jeu.

Progressivement, mes pas se sont allongés. Ce qui nécessitait une vingtaine d’appuis pour franchir deux mètres s’est transformé en mouvements plus amples et crédibles. Le jeu ne propose aucun équipement ni power-up améliorant vos capacités : la seule progression vient de votre maîtrise grandissante. Vous ne courrez jamais dans ce monde, mais vous finirez par marcher avec une aisance surprenante.

Les comparaisons avec Octodad, Getting Over It ou Human Fall Flat s’imposent naturellement. Pourtant, Baby Steps creuse son propre sillon en transformant l’acte de marcher en véritable défi vidéoludique, loin des simulations classiques.

L’histoire de Nate et son voyage initiatique

Nathan D. incarne le Tanguy vidéoludique parfait. Ce trentenaire vit dans le sous-sol aménagé chez ses parents, affalé en pyjama sur son canapé entre cartons de pizza et écrans. Quand sa mère l’appelle depuis l’étage, il se contente d’éteindre la télé… qui l’aspire littéralement vers un univers parallèle aux couleurs néon.

L’urgence initiale de Nate reste touchante d’absurdité : trouver des toilettes au plus vite. Mais rapidement, un objectif plus ambitieux se dessine. Cette montagne visible au loin devient son cap, sa possible voie de retour vers le canapé douillet qu’il regrette déjà.

Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est l’entêtement pathétique du personnage. Tout au long de l’aventure, des PNJ comme Jim ou Mike lui proposent de l’aide : une carte, un grappin, des chaussures, une tenue de randonnée adaptée. Systématiquement, Nate refuse avec une mauvaise foi désarmante. « Je vais y arriver, bien sûr », répète-t-il, les yeux humides et la voix tremblante après sa énième chute dans un ravin.

Cette dimension métaphorique fonctionne admirablement. Nate cherche manifestement un sens à sa vie gâchée, et son refus d’assistance reflète peut-être notre propre difficulté à accepter de l’aide quand nous nous sentons perdus. Les dialogues brillamment écrits alternent humour grinçant et moments touchants, créant un attachement inattendu pour ce héros en pyjama qui essaie juste de mettre un pied devant l’autre.

Un monde ouvert vertical aux environnements variés

L’univers de Baby Steps abandonne toute structure traditionnelle de niveaux. Ici, pas de cinématiques de transition ni de chargements artificiels. La montagne que vous apercevez au loin existe réellement, et vous devrez physiquement la rejoindre en marchant.

Le design adopte une approche « rondesque » fascinante, comme si vous évoluviez sur une petite planète bouclant sur elle-même. Impossible de tomber dans le vide hors carte : vous marchez littéralement sur un serpent qui se mord la queue.

Biome Caractéristiques principales
Marécages Surfaces boueuses ralentissant la progression
Forêts Végétation dense nécessitant prudence
Montagnes Pentes dangereuses et rebords vertigineux
Désert Qualifié d’enfer absolu à traverser
Cavernes Obscurité et terrains accidentés

Les conditions météorologiques varient constamment : pluie battante, brouillard opaque, nuit étoilée ou soleil éclatant. Chaque biome propose ses propres défis de terrain. Les surfaces glissantes, les flaques traîtresses, les rochers instables et les pentes mortelles transforment chaque déplacement en calcul minutieux.

L’absence totale de mini-carte, d’indicateurs ou de voyage rapide renforce cette sensation d’exploration authentique. Seuls des feux de camp jalonnent ce qui pourrait constituer la route principale, mais rien ne vous oblige à les suivre. La faune locale et les personnages hauts en couleur ponctuent ce périple surréaliste.

Les fonctionnalités techniques PS5 et la bande-son dynamique

Sur PlayStation 5, Baby Steps exploite brillamment la DualSense. Chaque texture de sol se ressent avec une précision troublante grâce aux gâchettes adaptatives et au retour haptique. Le craquement sec de la terre sèche diffère totalement de la sensation spongieuse de la boue ou des éclaboussures dans les flaques.

Mes doigts reconnaissent maintenant instantanément la rugosité des rochers ou le glissement dangereux sur les surfaces humides. Cette restitution tactile enrichit considérablement l’immersion, même si vous pouvez désactiver ces fonctionnalités selon vos préférences.

Le système de musique expérimental comprend environ quatre cent vingt rythmes et sons différents. Cette bande-son dynamique s’adapte en temps réel à vos pas et à vos chutes, créant une symphonie unique à chaque partie. Quand vous enchaînez les pas réguliers, la mélodie s’installe confortablement. Dès que vous trébuchez, elle se fragmente et s’emballe.

Concernant les langues, seules les voix anglaises sont disponibles, mais les sous-titres français accompagnent parfaitement les dialogues. Les options d’accessibilité impressionnent par leur exhaustivité : personnalisation complète des textes, sous-titres agrandis, légendes détaillées, reconfiguration avancée des manettes et ajustement précis de sensibilité des joysticks. Vous pouvez même jouer sans les fonctionnalités spécifiques de la DualSense si nécessaire.

Une expérience entre frustration et satisfaction

Baby Steps n’offre aucun système de sauvegarde traditionnel. Le jeu enregistre uniquement votre position d’arrêt, sans points de contrôle intermédiaires. Cette approche héritée de Getting Over It transforme chaque chute en catastrophe potentielle.

J’ai vécu l’une de mes pires déconvenues après quarante minutes d’escalade minutieuse. Un faux pas, et Nathan a dévalé la pente entière, effaçant tous mes efforts. Ma manette a failli connaître un vol plané définitif. Pourtant, après quelques minutes de respiration profonde, je me suis remis à grimper.

Ce cycle émotionnel définit l’essence du jeu. Rage, rires, contemplation et satisfaction intense s’alternent durant environ dix heures nécessaires pour terminer l’aventure. Comptez approximativement trente mille pas de bébé effectués, chacun conquis avec détermination.

Les développeurs reconnaissent avoir tenté de créer un jeu paraissant difficile mais se jouant tranquillement. Ils admettent même l’avoir peut-être rendu trop facile, déclaration qui m’a fait sourire après ma centième chute. Heureusement, Nathan reste invincible : impossible de mourir, même en tombant dans l’eau où il flotterait indéfiniment.

L’aspect introspectif surprend agréablement. Vous décidez seul de votre investissement dans ce monde et cette histoire. Chercher tous les collectibles ou simplement atteindre la montagne dépend entièrement de votre envie du moment. Les moments contemplatifs inattendus m’ont rappelé pourquoi j’aime tant ces expériences vidéoludiques atypiques.

Une proposition loufoque qui divise les joueurs

La réception critique oscille autour de sept sur dix, avec des avis qualifiant l’expérience d’aimée autant que détestée. Cette polarisation semble inhérente au concept même.

Les points positifs sautent immédiatement aux yeux. Le concept original renouvelle véritablement le genre du simulateur. La bande-son et les dialogues savoureux mêlent humour absurde et moments touchants avec un talent rare. L’écriture brillante transforme chaque rencontre avec les PNJ perchés en moment mémorable.

Les émotions variées et intenses constituent le véritable carburant de l’aventure. Mes ados ont assisté à mon parcours émotionnel complet : jurons créatifs lors des chutes, éclats de rire devant l’absurdité des situations, silence concentré durant les passages techniques.

Les critiques négatives pointent légitimement la répétitivité potentielle et la punition excessive des chutes. Certains passages, particulièrement la traversée du désert, testent sérieusement la patience. Le marketing positionnant Baby Steps comme jeu anticapitaliste et hautement mercantile ajoute une touche d’ironie assumée.

Les collectibles optionnels parsèment le monde : dizaines de chapeaux et objets divers à ramener dans des lieux précis. Aucun n’influence la progression principale, mais leur recherche enrichit l’exploration pour les complétionnistes.

  1. Acceptez que vous tomberez une bonne centaine de fois minimum
  2. Prenez le temps d’apprécier les paysages et les dialogues
  3. Rappelez-vous que la destination importe moins que le chemin parcouru

Cette citation résume parfaitement l’esprit du jeu. Baby Steps dépasse largement le simple jeu-blague pour streamers. Il propose une épopée contemplative et exigeante où chaque détour devient potentiellement le moment le plus mémorable. Mes quarante printemps m’ont appris qu’un jeu qui divise cache souvent une proposition sincère méritant qu’on lui laisse sa chance, même après la quatre-vingtième chute dans le même ravin.

Mooogle

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