Attention ! Votre ado regarde ce type d’anime ? Les dangers que vous ignorez complètement

Comment l'anime a conquis l'Amérique : de Pokémon à Demon Slayer et Dragon Ball Z

Je me souviens encore de ma première rencontre avec l’anime comme si c’Ă©tait hier. C’Ă©tait lors d’une soirĂ©e pyjama au collège, quand un ami a sorti une cassette VHS d’Akira. Nani ? ! Cette explosion de couleurs et cette narration complexe m’ont littĂ©ralement scotchĂ© Ă  l’Ă©cran. Cette expĂ©rience a changĂ© ma perception des dessins animĂ©s pour toujours. Depuis, j’ai vu l’anime passer d’un phĂ©nomène underground Ă  une force culturelle dominante aux États-Unis. Comment ce changement s’est-il produit ? Suivez-moi dans ce voyage Ă  travers l’ascension fulgurante de l’animation japonaise en AmĂ©rique !

L’invasion japonaise : comment PokĂ©mon et Dragon Ball Z ont conquis l’AmĂ©rique

Ă€ la fin des annĂ©es 90, une rĂ©volution silencieuse se prĂ©parait dans les salons amĂ©ricains. Deux sĂ©ries ont constituĂ© le vĂ©ritable Big Bang de l’anime en AmĂ©rique : PokĂ©mon et Dragon Ball Z. Ces deux phĂ©nomènes ont ouvert la porte Ă  une nouvelle ère pour l’animation japonaise aux États-Unis.

Funimation, une start-up texane plus tard absorbĂ©e par Crunchyroll, a jouĂ© un rĂ´le crucial dans cette conquĂŞte. Quand Daniel Cocanougher, l’un des fondateurs, a prĂ©sentĂ© Dragon Ball Z Ă  ABC, la rĂ©ponse fut catĂ©gorique : « Les dessins animĂ©s aux États-Unis doivent ĂŞtre comme Scooby-Doo, avec un dĂ©but et une fin dans chaque Ă©pisode. Ce format Ă©pisodique ne fonctionnera pas ici. » Dattebayo ! Comme ils se trompaient !

En 1998, Cartoon Network a lancĂ© son bloc de programmation Toonami, diffusant les 56 premiers Ă©pisodes de Dragon Ball Z après l’Ă©cole. Le succès fut immĂ©diat. « En un an, nous Ă©tions l’Ă©mission numĂ©ro 1 de Cartoon Network, aidant la chaĂ®ne Ă  passer de 40 millions Ă  80 millions de foyers, » se souvait Cocanougher. Peu après ses dĂ©buts sur Toonami, la sĂ©rie a fait de Funimation le cinquième plus grand distributeur de VHS et DVD aux États-Unis, juste derrière Columbia et Universal.

Ce qui distinguait ces animes des dessins animĂ©s amĂ©ricains traditionnels, c’Ă©tait leur profondeur narrative. Pour la première fois, les enfants amĂ©ricains dĂ©couvraient des dessins animĂ©s avec des personnages complexes et des enjeux rĂ©els. Dans Dragon Ball Z, les personnages vivaient, mouraient et Ă©voluaient. L’histoire ne se rĂ©initialisait pas Ă  la fin de chaque Ă©pisode.

Mais c’est vĂ©ritablement PokĂ©mon qui a propulsĂ© l’anime vers des sommets inimaginables, devenant la franchise mĂ©diatique la plus lucrative de l’histoire avec son univers en constante expansion de cartes Ă  collectionner, jouets, vĂŞtements et produits dĂ©rivĂ©s. Vous savez quoi ? J’ai encore ma collection de cartes PokĂ©mon dans mon grenier, y compris un Dracaufeu holographique que je garde comme un trĂ©sor !

Série Année de diffusion aux USA Impact culturel
Dragon Ball Z 1998 Premier blockbuster anime à la télévision américaine
PokĂ©mon 1998 PhĂ©nomène marketing, franchise la plus lucrative de l’histoire
Spirited Away 2003 Oscar du meilleur film d’animation, lĂ©gitimitĂ© artistique
Demon Slayer 2019 Records au box-office, nouvelle vague d’anime mainstream

De la contre-culture au mainstream : l’ascension artistique et culturelle de l’anime

Si Dragon Ball Z et PokĂ©mon ont captivĂ© les enfants, c’est Hayao Miyazaki qui a conquis les adultes amĂ©ricains. En 2003, son chef-d’Ĺ“uvre « Spirited Away » a remportĂ© l’Oscar du meilleur film d’animation, plaçant Miyazaki au mĂŞme niveau que Walt Disney et confĂ©rant Ă  l’anime une lĂ©gitimitĂ© artistique inĂ©dite.

Mon premier contact avec l’Ĺ“uvre de Miyazaki a Ă©tĂ© « Mon Voisin Totoro » lors d’un petit festival de cinĂ©ma Ă  Minneapolis. Ce film a changĂ© ma perception de l’animation de la mĂŞme manière que David Lynch avait transformĂ© ma vision du cinĂ©ma. Les deux crĂ©ateurs donnent libre cours Ă  leur subconscient et refusent obstinĂ©ment de choisir entre style et substance.

Les signes de l’influence de l’anime sur la culture pop amĂ©ricaine sont apparus dès 1999, quand « South Park » a parodiĂ© la fièvre PokĂ©mon dans un Ă©pisode intitulĂ© « Chinpokomon ». Dans le monde de la musique, un lien durable entre l’anime et le hip-hop a commencĂ© Ă  Ă©merger vers 2001, lorsque RZA du Wu Tang Clan rappait : « Sit in the sun six hours then I charge up like Goku, Dragon Ball Z, imagine you’re raggin’ me. »

Les AmĂ©ricains noirs ont toujours Ă©tĂ© surreprĂ©sentĂ©s parmi les fans d’anime. Arthell Isom, dont D’ART Shtajio est le premier studio d’animation japonais dĂ©tenu par un Noir, thĂ©orise que les AmĂ©ricains noirs s’identifient aux protagonistes d’anime qui viennent souvent des marges de la sociĂ©tĂ©. Peut-ĂŞtre, suggère-t-il, Ă©taient-ils aussi tellement habituĂ©s Ă  ĂŞtre absents des mĂ©dias qu’ils consommaient qu’ils avaient plus de facilitĂ© Ă  regarder et Ă  s’identifier Ă  des protagonistes asiatiques que le public blanc.

Une dĂ©cennie plus tard, la gĂ©nĂ©ration de rappeurs qui avait grandi en regardant Toonami après l’Ă©cole saisissait chaque occasion pour affirmer leur passion pour l’anime, de Lil Uzi Vert (« Throw up gang signs, Naruto ») Ă  Megan Thee Stallion (« Got the moves like I’m Ryu/Yellow diamonds, Pikachu/When I switch my hair to blonde/I’m finna turn up like Goku »).

Les influences de l’anime s’Ă©tendent dĂ©sormais Ă  tous les aspects de la culture populaire :

  • Mode : marques comme Supreme crĂ©ant des collections inspirĂ©es d’Akira
  • Sport : athlètes professionnels reproduisant les poses de victoire de personnages d’anime
  • CinĂ©ma : influence visuelle sur des films comme « The Matrix », inspirĂ© par « Ghost in the Shell »
  • Animation occidentale : sĂ©ries comme « Avatar : The Last Airbender » adoptant l’esthĂ©tique anime
  • Jeux vidĂ©o : esthĂ©tique et narration influencĂ©es par les codes de l’anime

L’âge d’or actuel : de Demon Slayer Ă  l’hĂ©gĂ©monie culturelle

Aujourd’hui, les revenus internationaux reprĂ©sentent plus de la moitiĂ© des 37 milliards de dollars estimĂ©s de l’industrie de l’animation japonaise, l’AmĂ©rique du Nord constituant parmi les plus le plus grands marchĂ© en dehors de l’Asie. Les plus grands consommateurs amĂ©ricains appartiennent Ă  la gĂ©nĂ©ration Z, pour qui l’anime est synonyme d’animation de la mĂŞme façon que Walt Disney l’Ă©tait pour les baby-boomers.

Une enquĂŞte rĂ©cente auprès de plus de 4 000 adultes amĂ©ricains a montrĂ© que 42 % des rĂ©pondants de la gĂ©nĂ©ration Z regardaient de l’anime chaque semaine, bien plus que les 25 % qui suivaient la NFL. Desu ne !

Comme le Champagne en France, l’anime ne peut ĂŞtre qualifiĂ© comme tel que s’il est produit au Japon. Mais les frontières du genre sont devenues plus floues Ă  mesure que les marqueurs stylistiques de l’anime apparaissent dans le travail des animateurs amĂ©ricains et europĂ©ens.

La tendance Ă  rĂ©adapter des propriĂ©tĂ©s intellectuelles occidentales en anime s’accĂ©lère. Lors de ma visite au studio d’animation d’Isom Ă  Tokyo, il venait de terminer le travail sur un anime « Star Wars » pour Lucasfilm. Et en novembre, lors de ma rencontre avec Gianni Sirgy, un crĂ©ateur de contenu qui aide Ă  gĂ©rer une chaĂ®ne TikTok appelĂ©e TheAnimeMen, il m’a confiĂ© avoir Ă©tĂ© engagĂ© pour promouvoir un film d’animation « Le Seigneur des Anneaux » produit par Warner Bros. Entertainment.

Et justement, cela me fait rĂ©flĂ©chir : maintenant que l’anime est vraiment mainstream, son attrait d’outsider sera-t-il sacrifiĂ© au profit d’un système de livraison de plus pour les mĂŞmes propriĂ©tĂ©s intellectuelles que Hollywood rĂ©gurgite depuis des dĂ©cennies ? Mais l’âme folle et crĂ©ative de l’anime pourrait bien ĂŞtre ce qui le sauvera de l’homogĂ©nĂ©isation. Après tout, qu’y a-t-il de particulièrement commercialisable dans un film comme « Mon Voisin Totoro », oĂą des enfants suivent des boules de poussière vivantes dans un monde cachĂ© oĂą ils se lient d’amitiĂ© avec un chat qui est aussi un bus ?

Qu’en pensez-vous ? L’anime conservera-t-il son identitĂ© unique face Ă  sa popularitĂ© grandissante ? Quel a Ă©tĂ© votre premier anime et comment a-t-il changĂ© votre perception de l’animation ?

DgéDgé
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