Il y a des jeux qui se traversent comme on feuillette un album photo de famille. What Remains of Edith Finch est de ceux-là. Développé par Giant Sparrow et publié par Annapurna Interactive, ce jeu narratif en vue subjective est sorti le 19 juillet 2017, avec une version PS4/PS5 disponible depuis le 28 juillet 2022. Vous y incarnez Edith, 17 ans et enceinte, qui examine la demeure familiale des Finch pour comprendre pourquoi elle en est le dernier membre vivant. Mélancolie, humour, poésie et émotion s’y entremêlent dans une expérience qui ne ressemble à rien d’autre.
Sommaire
ToggleUne maison familiale comme terrain d’exploration et de mémoire
La bâtisse des Finch n’est pas un simple décor. C’est une construction labyrinthique, presque organique, érigée par l’arrière-grand-père d’Edith et agrandie au fil des générations. Chaque ajout raconte une époque, une naissance, un besoin de place pour accueillir de nouveaux descendants. La demeure monte vers le ciel de manière déraisonnable, comme si la famille Finch avait voulu défier la gravité autant que son destin.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la densité des détails visuels. Les chambres, condamnées par la mère d’Edith il y a des années, ont été conservées telles des sanctuaires. Chaque pièce est un mémorial mémoriel dédié à l’un des membres de la famille : jouets, photos, bibelots, livres entassés. La vaisselle sale traîne encore dans l’évier. Les souvenirs s’accumulent sur les étagères comme autant de preuves d’une vie interrompue.
Pour accéder à ces espaces interdits, Edith emprunte des toits, des passages secrets, l’envers des cloisons. Cette exploration souterraine de la mémoire est aussi une métaphore : découvrir la maison, c’est déterrer le passé de la famille Finch. J’ai pensé à mes enfants en jouant, à ces photos qu’on accumule sans jamais vraiment regarder. La nostalgie s’installe doucement, presque sans qu’on s’en aperçoive.
Un gameplay narratif varié au service des histoires de la famille Finch
Des mécaniques aussi diverses que les Finch eux-mêmes
Le cœur du jeu repose sur des séquences jouables distinctes. Chacune permet d’incarner un membre de la famille le jour de sa mort. Les mécaniques changent à chaque histoire : on glisse dans un comic strip pour revivre la disparition d’une grand-tante, on plonge dans une parodie de jeu de rôle lovée dans l’imagination d’un frère. Ces séquences oniriques et originales chamboulent les habitudes du joueur.
Le gameplay de base reste volontairement minimal : se déplacer, ouvrir des livres, interagir avec quelques objets. Rien de complexe. Et pourtant, on n’éprouve jamais d’ennui. Le rythme est naturel, fluide, presque respiratoire. Le jeu avance tout seul, porté par ses histoires. Un peu comme ces mangas qu’on dévore sans voir les heures passer.
La voix d’Edith accompagne l’ensemble de l’aventure. Le texte flotte dans l’air, prend la forme d’une route ou s’inscrit dans une bande dessinée. Cette narration visuelle inventive guide le regard, enrichit l’immersion et introduit les mécaniques sans jamais briser la réalité du monde. Une idée héritée du précédent projet du studio. Si vous aimez les jeux d’aventure sur PS5, vous trouverez ici une approche radicalement différente mais tout aussi captivante.
Malédiction ou malheur ordinaire : la mort au cœur du récit
Chez les Finch, on croit à une terrible malédiction. Chaque génération a vu ses membres disparaître dans des circonstances étranges. Le premier drame remonte à l’arrivée depuis la Norvège : Odin, le patriarche, périt avant même de poser le pied sur le sol américain. Edie, l’arrière-grand-mère, a passé sa vie à ensevelir cette réalité sous des récits fantasmés.
Le jeu entretient une ambiguïté fascinante : s’agit-il d’une véritable malédiction, d’une série de coïncidences tragiques ou d’une famille qui, à force de se raconter des légendes sombres, a fini par les rendre réelles ? La frontière entre fiction et réalité, entre mythe et vérité, ne cesse de se brouiller. C’est là que réside le vrai mystère de l’arbre généalogique des Finch.
Ce qui est remarquable, c’est la manière dont le jeu traite la mort. Chaque disparition devient un moment de vie intense, poignant, parfois cocasse. Le ton poétique et subtil évite tout pathos. Le deuil y est représenté avec une humanité rare, et l’inévitabilité de la fin devient presque apaisante. J’ai joué à ce jeu un soir, seul, et je me suis retrouvé à réfléchir à ma propre transmission familiale longtemps après avoir éteint la console.

Test et avis : une expérience émotionnelle hors du commun
What Remains of Edith Finch est, à mon sens, un véritable chef-d’œuvre du jeu narratif contemplatif. La qualité de l’écriture, la direction artistique soignée, la bande sonore immersive et la narration originale forment un tout cohérent et bouleversant. Le jeu transporte, fait réfléchir et mélange des émotions difficiles à démêler.
Les bémols existent : la durée de vie de deux à trois heures est courte, la rejouabilité quasi nulle, et le gameplay volontairement limité peut décevoir les amateurs d’action. Contrairement à des titres comme Revenge of the Savage Planet sur PS5, ici on n’attend pas d’adrénaline ni de défi mécanique.
Le jeu s’adresse avant tout aux amateurs d’expériences intimistes et narratives. Il est fortement conseillé de le jouer d’une traite pour ressentir pleinement son impact. La comparaison avec Big Fish de Tim Burton et l’univers de Wes Anderson est pertinente : même mélancolie amusée, même tendresse pour les histoires improbables.
- Points forts : narration originale, atmosphère unique, émotions puissantes, direction artistique variée
- Points faibles : durée courte, rejouabilité faible, gameplay minimaliste
- Idéal pour : amateurs de jeux narratifs, de poésie visuelle et d’histoires émouvantes
Prix, plateformes et informations pratiques pour acheter What Remains of Edith Finch
Le jeu est disponible sur PC, PlayStation 4, PlayStation 5, Nintendo Switch et Xbox One. Son prix standard est de 19,99 euros, mais il est souvent proposé à 4,99 euros lors des promotions, soit une remise de 75 %. À ce tarif, l’expérience est immanquable.
La version PS4 donne accès aux versions numériques PS4 et PS5. Les détenteurs d’une version physique PS4 doivent insérer le disque pour accéder à la version PS5. La version PC n’est pas compatible avec Xbox Live. Les voix sont uniquement en anglais, mais les sous-titres et menus sont disponibles en français, entre autres langues.
Compte tenu de la durée de vie de deux à trois heures, acquérir ce jeu en promotion est particulièrement judicieux. Jouez-le en une seule session, de préférence en soirée, dans le calme. C’est une expérience qui mérite toute votre attention, et qui vous accompagnera longtemps après le générique de fin.
